Ces mots qui tuent

Il y a environ deux mois, j’ai écouté un épisode du podcast de Befoune dans lequel elle parle de dynamiques familiales, de mal être, de traumatismes vécus étant enfant qui furent à l’origine de plusieurs épisodes dépressifs qu’elle a traversé de la fin de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. Elle était persécutée par les paroles, les mots des autres bien que leur intention première fut de rigoler et de passer à autre chose et non de la blesser. Ses blessures étaient psychologiques et elles l’ont suivi jusqu’à sa vie d’adulte. Je me souviens qu’à la fin de mon écoute, je me sentais mal pour ce qu’elle a vécu. Son histoire est l’expérience, la réalité, le quotidien de nombreuses personnes !

J’ai repensé à mon enfance, aux interactions avec mes proches et je n’ai pas particulièrement eu de souvenir de violences verbales ou psychologiques à mon encontre venant d’eux. Du moins, pas de ce type. L’erreur commise fut celle de juste penser à moi : « Je n’ai jamais vécu cela, désolée pour elle. Aujourd’hui elle s’en sort mieux. C’est bien, la vie continue ».

C’était une erreur parce que je n’ai pas pensé : « À qui (quel enfant surtout) est-ce que j’adresse souvent des paroles dans le but de rigoler tout en mettant de côté le fait que cela puisse blesser ? ».

Dès le premier jour où j’ai lu Les quatre accords toltèques, je n’ai nul eu besoin de me poser cette question. Tout le long de ma lecture, les noms de toutes ces personnes défilaient dans ma tête en même temps que les choses négatives que j’ai eu à leur dire.

Les quatre accords toltèques, c’est le titre d’un livre de développement personnel où l’auteur, Miguel Ruiz, énonce quatre règles de vie (accords) à appliquer pour atteindre la liberté personnelle. Ces accords sont : 1- Que votre parole soit impeccable, 2- Quoi qu’il arrive n’en faites pas une affaire personnelle, 3- Ne faites pas de suppositions, 4- Faites toujours de votre mieux.

L’accord qui m’a le plus marquée est le premier : Que votre parole soit impeccable. Il est le plus important des quatre et aussi le plus difficile à honorer.  Dans notre quotidien, nous ne faisons très souvent pas attention aux mots que nous nous lançons. La parole est si puissante qu’un seul mot peut changer une vie en mal ou en bien. Miguel Ruiz dit à ce propos : « Une peur, un doute semés dans notre esprit peuvent créer une succession dramatique d’événements. Un seul mot est comme un sort, et les humains utilisent la parole comme des magiciens noirs, se jetant en toute inconscience des sorts les uns aux autres. »

Je suis dans une maison avec quatre enfants. Chacun d’eux est différent sur les plans physique et cognitif. Je n’arrive à compter le nombre de fois où j’ai dit aux uns et aux autres : « tu es idiot(e) », « tu ne réfléchis pas/réfléchir te dépasse », « tu es trop court(e) », « tu es gros/mince/noir », « tu es trop ci, tu es trop ça », « tu n’es pas assez ci, tu n’es pas assez ça ».

Toutes ces phrases balancées à chaque fois que j’estimais qu’ils avaient besoin de l’entendre, que je devais le leur rappeler et que j’avais besoin de rigoler. Que de propos négatifs qui ne leur apportent rien de constructif.

Cette lecture m’a fait réaliser que je ne fais que détruire l’estime, la considération, la confiance et l’amour qu’ils ont d’eux-mêmes ce qui fera peut-être d’eux à long terme, des ados ou des adultes qui manqueront de confiance en eux, qui se sentiront moins qu’autrui ou encore de trop au milieu des autres.

Est-ce que j’aimerais vivre cela ? Non ! est-ce que je pourrais dire de telles choses à mes enfants ? NON ! est-ce que je pourrais laisser une personne de mon entourage avoir de tels propos vis-à-vis de mes enfants ? ABSOLUMENT PAS !

Alors, pourquoi est-ce que je fais cela à ces enfants qui sont mes petits frères ? qui suis-je pour les critiquer alors que je ne suis certainement pas parfaite ni mieux ?

Je prends peu à peu conscience que la grande partie du mal-être que vivent les individus vient des échanges qu’ils ont avec leurs proches (famille, amis). Lors de ces interactions les mots employés, pas toujours dans le but de blesser ou de persécuter ont malheureusement cette conséquence. La personne à qui ces mots sont adressés y croit, se sent offensée, frustrée, se renferme et nourrit ces paroles. Si sa maman ou son frère passe le temps à lui dire : « Tu es nul, tu es maladroit, tu ne sais rien faire », cette personne (enfant ou ado) nourrit ces paroles, les fait grandir parce que si on les lui a dites, alors, c’est vrai. Elle ne se sentira jamais capable de faire quoi que ce soit et se trouvera toujours nulle et bonne à rien.

Nos parents, frères et sœurs, tantes, oncles, cousins, amis, ont déjà eu à émettre des opinions sur nous, sans même y réfléchir. Nous avons cru ces opinions et vécu dans la peur qu’elles véhiculaient, comme de ne pas être assez bon en français, en mathématiques, d’être cons, des bons à rien, etc. et ces dernières sans qu’on ne s’en rende compte sont à l’origine de la plupart des croyances limitatives, des blocages mentaux, des freins, des peurs que nous vivons. Si elle réussit à capter notre attention, une parole peut pénétrer notre esprit et changer toute une croyance, en mieux ou en pire.

Depuis lors, je fais tous les jours de mon mieux pour retirer cette habitude. J’oublie souvent et lance une parole de travers mais je me reprends aussitôt. Je passe du temps avec eux, nous discutons et jouons ensemble, je les écoute, j’apprends à mieux les connaitre, et leur apporte des conseils et des réponses utiles quand ils me font part de leurs interrogations et de leurs doutes sans me moquer.

Un seul mot peut changer une vie. Attelons-nous à changer des vies de façon positive.

Autant on peut faire du mal aux autres avec notre langue, autant nous nous en faisons. Pour que notre parole soit impeccable, il ne faut pas non plus l’utiliser contre soi.

Nous agissons contre nous-même lorsque nous nous jugeons ou critiquons pour n’importe quoi. Le mauvais usage de la parole n’a que des effets néfastes sur notre personne. On médit, on critique, on détruit. C’est vrai, on l’utilise aussi pour dire des choses agréables mais pas très souvent. On l’utilise surtout pour répandre notre mal-être personnel, pour exprimer la colère, la jalousie, l’envie et la haine. En réalité, proférer, diffuser des paroles mauvaises c’est manifester notre mauvais état intérieur, on fait mal aux autres parce qu’on veut qu’ils se sentent aussi mal que nous en pensant que cela nous fera nous sentir mieux d’où l’expression « La misère aime la compagnie », mais nous ne faisons que nous faire davantage de mal parce qu’on s’empoisonne.

Utilisons notre parole pour partager l’amour, le bonheur, les encouragements, les compliments nous aiderons ainsi les autres à se sentir bien et nous rendrons notre esprit fertile aux graines du bien-être, de l’amour de soi, de l’acceptation de soi, de la confiance en soi et de l’estime de soi peu importe les dires d’autrui.

17 réflexions au sujet de « Ces mots qui tuent »

  1. Ah oui de mots doux et encourageants peuvent nous faire déplacer le montagne comme on le dit, c’est-à-dire dire nous aideront à nous surpasser et à repousser nos limites dans tous les domaines de la vie. Très bon article une fois de plus 👌 merci Nafi

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  2. Le texte est très édifiant. Moi personnellement je n’ai pas eu a vivre cette situation dans mon enfance, peu être à une fréquence très moindre. Il ya de cela une à deux années où j’étais adeptes de *ces paroles qui tuent* mais depuis peu, j’ai compris que rabaisser autrui ne fera pas de nous une personne supérieure.
    La vie est tellement belle lorsque l’on consacre ses paroles pour benir.

    Merci nafi 👌

    Aimé par 2 personnes

  3. C’est très vrai ce que tu nous dis là… d’ailleurs dans la psychologie de l’enfant on parle d’hypnose. C’est lorsque les proches d’un enfant lui disent sans cesse qu’il est incompétent dans tel ou tel autre domaine au point où il finit par y croire et à grandir avec.
    Article très édifiant comme d’habitude 👌🏾

    Que notre parole soit impeccable😊😇

    Aimé par 2 personnes

  4. Ping : La cuisine – Le blog de Liena

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